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Les risques climatiques pour les infrastructures numériques : enjeux et implications pour les DSI

 

Introduction

Le système d’information est aujourd’hui une infrastructure critique. Sa disponibilité conditionne directement la continuité des opérations, la relation client et, dans certains secteurs, la sécurité des activités.

Dans ce contexte, le changement climatique introduit une catégorie de risques encore peu intégrée dans les stratégies IT, et dont l'occurrence sera de plus en plus importante: les risques physiques sur les infrastructures numériques.

Ces risques concernent l’ensemble de la chaîne de valeur du numérique, depuis les data centers jusqu’aux réseaux de communication, en passant par les dépendances énergétiques et hydriques. Au-delà des politiques environnementales,  ils posent une question opérationnelle centrale : la capacité du système d’information à rester disponible dans un environnement climatique qui devient de plus en plus instable.


Une dépendance croissante à des infrastructures sensibles

La croissance des usages numériques accentue fortement cette exposition. Le développement du cloud, de l’IA, de la donnée et des architectures distribuées repose sur des infrastructures physiques de plus en plus sollicitées.

Cette dynamique s’accompagne d’une augmentation rapide de la demande en capacité de calcul et en énergie. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la consommation électrique des data centers pourrait plus que doubler d’ici 2030. Cette tendance renforce la dépendance à des infrastructures critiques tout en les exposant davantage aux contraintes environnementales.

Par ailleurs, l’externalisation croissante des services numériques complexifie la maîtrise des risques. Une part importante des systèmes d’information repose désormais sur des infrastructures opérées par des tiers, souvent situées dans des zones géographiques dont les conditions climatiques et énergétiques sont hétérogènes.


Des risques climatiques multiples et interconnectés

Les risques climatiques qui affectent les infrastructures numériques sont de nature diverse, mais présentent une caractéristique commune : ils agissent rarement de manière isolée.

La chaleur extrême constitue aujourd’hui le facteur le plus transversal. Elle affecte directement le fonctionnement des data centers en augmentant les besoins de refroidissement et en dégradant l’efficacité énergétique. Elle réduit également les marges de sécurité thermique des équipements et accélère leur vieillissement. Dans les situations les plus critiques, elle peut conduire à des limitations de charge, voire à des interruptions de service.

Le stress hydrique introduit une contrainte supplémentaire. Certains systèmes de refroidissement dépendent de l’eau, dont la disponibilité devient plus incertaine dans un contexte de sécheresses plus fréquentes et plus longues. À cela s’ajoute l’augmentation de la température des ressources hydriques, qui réduit l’efficacité du refroidissement. Ce risque n’est pas uniquement technique ; il est aussi territorial et peut générer des tensions d’usage.

Les inondations représentent un autre risque majeur, souvent sous-estimé. Elles peuvent affecter directement les bâtiments et les équipements, en particulier lorsque des installations critiques sont situées en sous-sol. Elles perturbent également l’accès aux sites et les infrastructures de raccordement, notamment électriques et télécoms. Leur fréquence et leur intensité augmentent dans de nombreuses régions européennes.

À ces aléas s’ajoutent les événements climatiques extrêmes, tels que les tempêtes, les vents violents ou les incendies. Leur impact est souvent indirect mais néanmoins critique : ils affectent les réseaux électriques, les liaisons télécoms et les accès physiques aux infrastructures. Dans ce cas, un data center peut rester opérationnel tout en étant isolé ou inutilisable.

Enfin, le changement climatique agit fortement sur le système énergétique. Les vagues de chaleur augmentent la demande électrique globale, tandis que certaines capacités de production peuvent être contraintes. Les infrastructures de transport et de distribution sont elles-mêmes exposées. Or, la dépendance des systèmes d’information à l’électricité est totale. Le risque devient alors systémique.

Ces différents facteurs interagissent entre eux. Une vague de chaleur peut ainsi simultanément augmenter la demande électrique, réduire les capacités de production, dégrader les conditions de refroidissement et accroître la probabilité d’incidents réseau.


Une exposition accrue liée à l’externalisation

L’externalisation des infrastructures numériques modifie la nature du risque pour les organisations.

Le recours massif au cloud public et aux services SaaS implique une dépendance à des infrastructures dont les caractéristiques physiques sont souvent peu visibles. Les conditions d’implantation, l’exposition aux aléas climatiques, la résilience énergétique ou l’accès à l’eau ne sont pas toujours transparents pour les utilisateurs.

Dans le cas français, cette situation est renforcée par le fait qu’une part significative des usages numériques est hébergée à l’étranger. Cela signifie que le risque climatique associé au système d’information est en partie déplacé vers d’autres territoires, parfois plus exposés ou reposant sur des infrastructures énergétiques plus fragiles.

Cette perte de maîtrise directe complexifie l’évaluation des risques et la capacité à les anticiper.


Impacts concrets pour les systèmes d’information

Les effets de ces risques climatiques se traduisent de manière opérationnelle.

Ils affectent d’abord la continuité d’activité. Les interruptions de service, les dégradations de performance ou les indisponibilités de certaines briques critiques deviennent plus probables. Les dispositifs de secours eux-mêmes peuvent être impactés s’ils reposent sur des infrastructures exposées aux mêmes aléas.

Les conséquences économiques sont également significatives. La hausse des coûts énergétiques, les besoins d’adaptation des infrastructures et l’évolution des conditions d’assurance pèsent sur les budgets IT. À cela s’ajoutent les coûts indirects liés aux incidents ou aux pertes d’exploitation.

Enfin, ces risques posent des enjeux contractuels et fournisseurs. La capacité des prestataires à garantir leurs niveaux de service dans des conditions climatiques dégradées devient une question centrale. La transparence sur les risques physiques et les mesures d’adaptation reste encore limitée dans de nombreux cas.


Évolution du rôle des DSI

Face à ces transformations, le rôle des DSI évolue.

Le pilotage du système d’information ne peut plus se limiter aux dimensions classiques de performance, de sécurité et de coûts. Il doit intégrer une dimension de résilience physique et climatique.

Cela implique, en premier lieu, de mieux connaître les dépendances du SI. Les actifs critiques doivent être identifiés, ainsi que leurs dépendances à l’énergie, à l’eau et aux réseaux. Les expositions géographiques doivent être analysées à l’aune des projections climatiques.

Les stratégies d’hébergement doivent également être repensées. Le choix des localisations, la diversification des implantations et l’analyse des risques des fournisseurs deviennent des éléments structurants.

Les dispositifs de continuité d’activité doivent évoluer pour intégrer des scénarios climatiques extrêmes, incluant des défaillances simultanées de plusieurs infrastructures critiques.

Enfin, la maîtrise des usages numériques devient un levier de résilience. La réduction des volumes de données inutiles, l’optimisation des charges de calcul et une meilleure gestion des ressources contribuent à limiter la dépendance aux infrastructures les plus exposées.


Conclusion

Le changement climatique introduit une contrainte durable sur les infrastructures numériques. Il fragilise des systèmes qui reposent sur des ressources physiques — énergie, eau, réseaux — de plus en plus sollicitées et de moins en moins prévisibles.

Pour les DSI, l’enjeu dépasse largement la question environnementale. Il concerne la capacité du système d’information à fonctionner de manière fiable dans un contexte dégradé.

Intégrer ces risques dans les stratégies IT suppose de faire évoluer les approches, les outils d’analyse et les décisions d’architecture. Il s’agit moins d’un sujet prospectif que d’un enjeu déjà en cours, dont les effets vont s’intensifier dans les prochaines années.

La robustesse du système d’information dépendra de la capacité à anticiper et à intégrer ces contraintes dès aujourd’hui.